L’EUROPE CE N’EST PAS QUE DEMO

DEMO, pour Durabilité et Ecologie dans le secteur de la Musique et de ses Opérateurs, est un projet de coopération entre la France et la Belgique réunissant 11 partenaires wallons, flamands et français. Depuis 3 ans maintenant, ces salles et festivals dont Le Cabaret Vert, unissent leurs moyens et savoir-faire pour proposer sur leur territoire transfrontalier des initiatives autour de la culture et du développement durable. 400 000 personnes sont ainsi concernées tous les ans par ce projet quI court le long de la frontière de Charleville-Mézières jusqu’à Dunkerque ! Marjan Dewulf, Coordinatrice des projets européens de la salle 4AD à Dixmude en Belgique flamande, Frédéric Maréchal, Directeur du Centre Culturel René Magritte à Lessines en Belgique wallonne et Maéva Justice, Chargée des projets européens du Grand Mix à Tourcoing nous livrent leur regard sur la coopération européenne et les actions déjà accomplies par DEMO.

Pourquoi vous êtes vous engagés dans un programme de coopération transfrontalière ?

Marjan Dewulf : 4AD fait partie de collaborations transfrontalières depuis 2008, dans le cadre des programmes Interreg et Europe Créative. Nos premières collaborations ont eu lieu avec le nord de la France, un choix logique, car une ville comme Dunkerque n’est qu’à 30 minutes de route de Dixmude. Notre première ambition était de plus effacer la frontière indéniablement présente pour nos spectateurs et nos structures.

Frédéric Maréchal : Nous nous sentons concernés par les problématiques de développement durable et d’écoresponsabilité en matière d’événements culturels depuis plus de 15 ans. Nous travaillons en ce sens depuis le début des années 2000, de manière plus ou moins organique, sans stratégie établie. En 2010, nous avons créé le Roots & Roses Festival, qui est notre laboratoire en la matière. En joignant un programme INTERREG sur le sujet, nous structurons et développons notre action.

Maéva Justice : Le Grand Mix est par essence un lieu européen, on y parle autant français que flamand ou anglais. La coopération européenne s’est donc imposée d’elle-même il y a de nombreuses années et les liens ainsi créés, avec nos partenaires belges notamment, ont débouché sur de nombreux projets.

 

Quelles sont les plus-values que DEMO a générées pour vous ?

M.D. 4AD avait déjà construit une solide opération durable dans le passé, mais en unissant ses forces aux autres partenaires de DEMO, nous avons pu franchir des étapes encore plus importantes. Nous apprenons beaucoup les uns des autres et l’espace offert par ce projet pour tester de nouvelles choses est également inestimable.

F.M. Nous avons structuré notre travail en DD et écoresponsabilité. Nous l’avons planifié et développé. Et surtout, nous l’avons intégré de manière importante dans notre communication, ce qui n’était pas le cas auparavant. Nous nous sommes ainsi constitué une base d’outils et d’expériences, notamment grâce aux échanges avec les partenaires du projet.

M.J. La vraie force de DEMO c’est la diversité de son partenariat, qui est une vraie source d’enrichissement. Ce n’est pas que du langage technocratique : DEMO a permis de véritables mutualisations d’expériences et une montée en compétences de tous ses partenaires.

Le projet DEMO a pour finalité la transmission des savoirs et des compétences. Avez-vous un projet particulier mis en place ces dernières années que vous souhaiteriez transmettre ?

M.D.Avec plusieurs partenaires de DEMO, nous avons relevé le défi de remplacer les bouteilles en PET sur la scène par des bouteilles réutilisables remplies d’eau du robinet filtrée. L’expérience a été un succès et d’autres partenaires ont rapidement franchi le pas. En attendant, le circuit des clubs français est intéressé à aller dans la même direction. Si cela pouvait être suivi à l’échelle européenne, ce serait bien sûr fantastique.

F.M. Un projet que nous souhaiterions transmettre, ce sont des outils de type « marché public prêt à l’emploi », pour que des organisateurs puissent faire des demandes de prix par exemple en fourniture boissons ou nourriture, en produits d’entretien, de manière légale mais privilégiant le DD et le bio. Et ce sur les trois versants. En accompagnant cela d’unvademecumqui démontre que ces solutions, contrairement à l’idée reçue, peuvent être économiquement plus rentables.

M.J. Parmi les nombreuses actions transfrontalières que nous avons mises en place, certaines concilient plusieurs sujets au cœur de DEMO. C’est le cas de notre projet de recyclage d’éléments promotionnels, qui vise à la fois la réduction des déchets et à la réinsertion professionnelle grâce à un partenariat avec De Branding, qui recycle nos bâches publicitaires en sacs cabas et nos affiches en enveloppes en faisant travailler des personnes de personnes en situation d’handicap.

 

Quel conseil donneriez-vous à une structure qui envisage de se lancer dans l’aventure des Fonds Européens ?

M.D.Prenez votre temps pour préparer un projet. Recherchez des partenaires valides qui sont sur la même longueur d’onde et commencez de préférence petit, vous ne vous tromperez donc pas. Fournissez un concept fort qui réponde aux objectifs du programme prévu et rédigez une demande de projet claire et détaillée.

F.M. Je luis dirais d’y aller franchement, ça grandit l’institution. Je lui dirais aussi qu’au point de départ, la motivation semble être les moyens financiers. Mais qu’en fait, l’important est ailleurs : dans ce qu’apporte le projet. Si l’argent doit être la seule motivation, alors autant mettre son énergie sur autre chose.

M.J. C’est la forme la plus concrète du projet européen dans ce qu’il a de plus noble, c’est très enrichissant. La contrepartie, c’est l’importante charge administrative que ces projets impliquent.

On parle de territoire transfrontalier dans DEMO, quel regard avez-vous sur le territoire ardennais ?

M.D. Grâce à DEMO, nous avons pu mieux connaître cette belle région. Ce qui nous frappe, c’est le dynamisme rural, un peu comparable à notre région de Westhoek. Il semble que le territoire ardennais soit fertile et propice à la créativité. Le Cabaret Vert, qui attire un public et des bénévoles de toute la France, en est un très bon exemple.

F.M.Pour nous, les Ardennes, c’est un territoire que nous aimons bien, car nous sentons une continuité avec nos Ardennes belges, la French touch en plus. Au niveau du CCRM, nous y entretenons historiquement des contacts musicaux professionnels.

DEMO a permis un rapprochement physique de ce bassin de vie. Ce territoire que nous ressentions lointain nous est désormais affectivement plus proche…

M.J.Les Ardennes sont un poumon autant naturel que culturel, elles évoquent Rimbaud, les forêts profondes… Un lieu poétique éminemment européen puisqu’à cheval sur la France et la Belgique…